Histoire personnelle: suivi de ma vie
Chapitre I: Entrée dans la piraterie
Feu, sang, bruit, tout ceci l’entourait à la fois. Il y a à peine trente minutes, le navire de la marine marchande sur lequel il voguait repérait un autre navire, un navire ordinaire à première vue, jusqu’à ce qu’il soit à portée, et que le pavillon noir ne se dressât. Un navire pirate les abordait, les bandits avaient sauté, se balançant sur des cordages ou dressant des pontons entre les deux navires, sur leur bateau marchand. Les soldats de la marine, dont lui-même, avaient tiré leurs armes, et le chaos avait commencé. Artémis évita un coup de massue venu de la gauche et riposta prestement, entaillant le bras de son assaillant. Sans stopper ses mouvements, il avançait en frappant de droite et de gauche sur les hommes qui ne portaient pas l’uniforme de la marine. Il avait appris à se battre dès dix-huit ans, âge auquel il avait demandé à intégrer l’armée. Il se battait plutôt aisément avec une arme à la main, son sabre tournoyait en sifflant, alors qu’il évitait les coups, bien que certains l’atteignirent il n’en sortait qu’avec des blessures superficielles. Autour de lui, le carnage, les corps tombaient, certains hommes se jetaient à la mer plutôt qu’affronter leur funeste sort. D’autres se rendaient, et étaient faits prisonniers, lui ne baisserait pas les armes. Il frappait de tous côtés, essayant d’endiguer le flot de pirates qui se massaient face à lui. Une créature apparut alors, grande, musculeuse, à la peau verte sombre. Il semblait tenir un hachoir, qui dégoulinait du sang de ses ennemis vaincus. Il para le premier coup, riposta en causant une estafilade à l’orc, sur son torse, mais rien n’y fit, il ne stoppa pas ses mouvements. Il vit alors le tranchant d’une lame dans son autre main, trop tard. La douleur fut grande, et il ne dut qu’à un réflexe incroyable de ne pas être tranché en deux. La douleur vive venait de son œil gauche, et il n’y voyait plus rien, le sang couvrait tout. Il hurla et tomba au sol, sa dernière heure venait sans-doute d’arriver… Il sombra dans l’inconscience.
***
Il se trouvait chez lui, son père et sa mère l’attendaient devant leur maison. Une petite maison de bois en bord de mer, avec un ponton qui menait à leur petit bateau de pêche. Ils n’étaient pas vraiment ses parents, il avait été déposé chez eux par ses vrais parents, qu’il n’a jamais connu. Ses oreilles légèrement pointues lui faisaient croire qu’il était un demi-elfe, mais il n’avait jamais pu confirmer cela, d’autre part, il ne se sentait pas elfe outre mesure. Sa famille adoptive et lui vivaient de la pêche, c’est de là qu’il tenait son goût pour la mer et la navigation. Ses « parents » étaient d’ailleurs assez vieux, mais son père continuait de sortir en mer régulièrement, avec Artémis, d’une part car il aimait la mer, et d’autre part car il devait faire vivre sa famille de sa pêche. Quand sa mère avait besoin d’Artémis pour les travaux manuels, il devait néanmoins rester à la maison, à contrecœur.
C’est lors d’un jour où il était parti seul, que le père d’Artémis ne revint pas en début de soirée comme il en avait l’habitude. Le jeune homme attendait, anxieux, sur un rocher, au bord de l’eau, de voir le navire apparaître, mais rien ne pointait à l’horizon. La nuit tombait, le noir s’installait, et toujours rien, le lendemain non plus. Son père ne revint jamais, laissant Artémis seul avec sa mère, il dût alors travailler encore plus dur pour gagner sa vie, et lorsqu’il eut dix-huit ans, il s’engagea dans la marine marchande, qui faisait tous les transits de ressources en Dùralas par voie maritime. On lui apprit à combattre, on lui enseigna la rigueur, mais aussi, chose importante, on lui apprit à commercer, juste au cas où. Il envoyait régulièrement une partie de sa paye à sa mère, et bientôt, il partit en mer, pour ses premières expéditions.
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Une gifle ferme le réveilla de son inconscience. Sa blessure saignait toujours, et chaque battement de son cœur réveillait sa douleur et lui meurtrissait le crâne. Il ouvrit difficilement les yeux, on le maintenait assis, non, il se rendit compte qu’il était attaché, pieds et poings liés. D’autres marins tremblaient la peur à côté de lui, lui avait plus mal que peur. Un homme arrivait sur le navire, grand, les cheveux et la barbe noire, habillé de vêtements plus propres que ceux de son équipage, mélange de cuir et de tissu, aux couleurs blanches, rouges et brunes. Il paraissait âgé, mais visiblement, tous les pirates présents le respectaient. Il commença à parler d’une voix forte, grave, et puissante.
« Vous là, êtes nos prisonniers ! Deux choix s’offrent à vous, rejoindre l’équipage, ou la planche ! »La planche, tout simplement, une condamnation à être jeté par-dessus bord, ligoté, pour servir de repas aux poissons. Beaucoup de marins perdirent leur contenance et supplièrent en vain, les autres, comme Artémis, restèrent impassibles. L’homme à la barbe noire s’approcha d’un homme et lui demanda sa réponse. La peur le rongeait, aussi, bien qu’il demande la vie, il fut jeté par-dessus bord. La douleur vrillait les tempes d’Artémis, un autre fut questionné, et fut jeté à la mer. Un autre, encore un autre, un homme se mit à pleurer et fut tué sur le champ. Quand vint son tour, seules deux personnes avaient survécu à la sélection des pirates.
« Et toi l’marin ? »Artémis cracha un peu de salive mêlée de sang sur le pont et sourit.
« Quand-est-ce que je commence ? »Le capitaine rit aux éclats, imité par ses sbires. Il regarda Artémis et cracha lui aussi.
« J’aime les gars qui ont du répondant !... Mais pas avec moi. »Il lui frappa violemment le visage, et tout devint noir autour d’Artémis…
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La mer s’étendait à l’horizon, il voguait sur le bateau marchand, comme il aimait cette sensation ! Les embruns se déposaient sur sa peau, et le vent soufflait sur sa peau. La mer d’huile, le temps clair, tout était réuni pour en voyage idéal. Peu après midi, alors que les soldats venaient de finir de manger, un bateau fut repéré par la vigie. Artémis, un morceau de saucisse encore en main, monta sur le pont pour observer ce qu’il se passait. Il y avait en effet un navire au loin, certainement Le glorieux, ou Le fringuant, deux autres navires marchands qui effectuaient ce trajet. Mais difficile à dire d’aussi loin. Le navire arborait en effet un drapeau marchand. Il s’approchait, de plus en plus près, et lorsqu’il fut assez près, le terrible drapeau noir fut hissé, et malgré la vitesse de réaction des soldats de la marine, peu de choses avaient pu empêcher l’assaut, l’abordage eut lieu à peine cinq minutes plus tard.
Puis il commença à délirer, Une créature verte colossale massacrait ses alliés, les yeux rouges sang, le bateau prenait feu, il coulait, face à lui se tenait un homme à la barbe noire, qui le toisait en riant. Puis une femme, une voix de femme qui lui parlait. Il avait côtoyé bien des femmes depuis qu’il avait intégré la marine, mais n’avait jamais entendu une voix pareille, sifflante, mais apaisante. Il ouvrit les yeux…
***
Ses yeux se posèrent sur une femme, très peu vêtue, qui le regardait avec amusement. Ses longs cheveux arrivaient sur lui car elle était penchée sur son corps, et appliquait quelque chose sur son œil.
« Ne bouge pas, ça aidera à cicatriser. »« Qui es-tu ? »« Je m’appelle Shalya, et tu es dans la cale du Kraken, le navire du capitaine Haul. »Artémis considéra les formes de la femme, visiblement elle aimait les mettre en valeur. Mais c’était le bas de son corps qui l’intrigua le plus, un corps de serpent, cette femme était une naga, il n’en avait jamais rencontré. Des bruits lui parvenaient d’en haut, il interrogea la femme du regard.
« Ils font la fête en haut, pour la prise de votre navire. Ils vont encore se coucher saouls. »« Et vous ? Vous ne faites pas la fête ? »« Le capitaine m’a demandé de te soigner, c’est ce que je fais. Il t’aime bien apparemment. »« Tu parles, il m’a mis un sacré crochet ! »« Parce qu’il t’aime bien, si ce que tu as fait lui avait déplu, je n’aurai même pas eu besoin de te soigner, il voulait juste… »Quelqu’un entra, une personne musculeuse, grande, à la peau verte. L’orc était toujours aussi imposant sans ses armes, mais ce qui choqua le plus Artémis, c’était qu’il lui manquait une main, le moignon était emballé dans un chiffon et une lame en émergeait. Il n’avait plus l’air si menaçant que sur le pont cependant, mais Artémis fit une tête que l’orc remarqua facilement.
« Le capitaine voudra te voir quand tu te sera extirpé des griffes de Shayla, et moi, Ghurtogg, je t’apprendrai le code des pirates, c’est tout. »L’orc repartit et la naga le regarda en retenant un rire.
« Il est toujours comme ça, mais je pense qu’il est désolé pour ta blessure, même s’il ne te le dira jamais. Quoiqu’il en soit, bienvenue dans l’équipage du Kraken… »« Artémis, Artémis Droskol. »Chapitre II au niveau 5